Notre Dame des Landes : La non-violence comme anesthésiant politique des résistances

Publié le par dan29000

photos-25 6300 [Résolution de l'écran]« Grande mutation » : la violence comme arme politique

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Le Yéti
voyageur à domicile

Très intéressante tribune dans le Monde sur la résistance à Notre-Dame-des-Landes. Le texte émanait d’un groupe de trois opposants sur la « zone à défendre » (ZAD). Le trio tenaient à se démarquer de quelques leaders médiatiques auto-proclamés présentant le mouvement de protestation comme essentiellement non-violent.

 


« Ceux-ci semblent toujours estimer que, quand bien même on viendrait piétiner nos maisons et nos cultures, il nous faudrait rester calmes et polis. Si nous ne nous étions pas défendu.e.s, il n’y aurait probablement plus grand monde pour parler de la ZAD aujourd’hui, moins encore pour y vivre. »

La non-violence comme anesthésiant

Voici clairement posé le problème de la légitime défense et de la violence comme arme politique en période de grave crise. D’ailleurs, a-t-on jamais vu les forces de l’ordre établi venir le défendre avec des petites fleurs à la main ?

Un Nelson Mandela ne dut-il pas se résoudre à l’action politique violente pour mettre à bas l’apartheid en Afrique du sud ? Et Gandhi ne déclara-t-il pas un jour que s’il préférait la non-violence à la violence, il choisissait néanmoins la violence plutôt que la lâcheté ?

La non-violence est souvent posée comme anesthésiant contre toute tentative de contestation de l’ordre établi. Qui ne se souvient de l’interview mémorable que David Pujadas, présentateur TV du microcosme, fit subir à Xavier Mathieu, responsable syndical des « Conti » sur le site menacé de Clairoix ?

Fin de la comédie

Et si cette comédie était finie ? On a vu dans un précédent épisode sur la sortie de crise comment le sang serait probablement de la partie. Les bonnes âmes terrifiées ne nous épargneront sans doute pas les leçons de morale lénifiantes. Mais le coup de l’autre joue tendue, c’est aussi de l’histoire ancienne et pas tellement ragoutante.

Etonnant, vous ne trouvez pas, que le journal Le Monde ait publié la tribune de nos trois apaches de NDDL ? Pas son genre. Mais voilà, les temps changent. Les vieux tabous chancellent. Et soudain vous sautent à la figure des évidences que les courtisans à la Pujadas ne parviennent plus à tenir enfouies.

Tiens, pour garder un semblant de bienséance convenue, terminons ce voyage sulfureux avec un de nos honorables prix Nobel, ce bon vieux Albert Camus, non-violent notoire, qui se refusait lui aussi à légitimer la violence, mais qui l’estimait pourtant, dans certains cas, inévitable :

« Ce n’est pas me réfuter en effet que de réfuter la non violence. […] Je ne pense pas qu’il faille répondre aux coups par la bénédiction. Je crois que la violence est inévitable, les années d’occupation me l’ont appris. Pour tout dire, il y a eu, en ce temps-là de terribles violences qui ne m’ont posé aucun problème.

Je ne dirai donc point qu’il faut supprimer toute violence, ce qui serait souhaitable, mais utopique, en effet. Je dis seulement qu’il faut refuser toute légitimation de la violence, que cette légitimation lui vienne d’une raison d’Etat absolue ou d’une philosophie totalitaire.

La violence est à la fois inévitable et injustifiable. Je crois qu’il faut lui garder son caractère exceptionnel et la resserrer dans les limites qu’on peut. »

 

 

 

 

SOURCE/  RUE 89

Publié dans environnement

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tahi farida 20/12/2012 20:55


Alors que peut-être le mot "violence" n'est pas approprié, juste un sentiment de colère et d'auto-défense, si la terre est ma mère tout cela se comprend, parce que le viol est une violence
programmée, la colère est une réaction positivement humaine.... mais je suis pas philosophe juste humainement en colère contre ceux qui s'aproprient la terre et la vie des êtres au nom de la
propriété privée

dan29000 20/12/2012 22:44



Pas besoin d'être philosophe du tout, pour comprendre que la violence première est celle de l'Etat à NDDL via ses bras armés habituels, police et armée (gendarmerie)...La petite violence de ceux
qui ne font que se défendre est d'abord logique et ensuite humaine, compréhensible à moins de ne rien comprendre...



jules02 20/12/2012 18:45


C juste, leur non-violence est souvent un leurre, souvent un prétexte de fuite, une compromission de dernière minute...Mais là, cela ne surprendra personne de la part de politichiens renommés, ou
d'élus rémunérés pour se taire ou parler modérément dans la langue de bois bien connue...

dan29000 20/12/2012 18:51



La non-violence est un vieux débat qui avec NDDL se réactive un peu, et c'est tant mieux...CertES Camus avait raison, il faut l'employer rarement et avec parcimonie, mais elle est toujours utile.
Rien n'autorise moralement la force aveugle de l'Etat, sinon des lois issues d'un rapport de force ancien qui la justifie : la loi du plus fort, censée être la meilleure...Donc il est normal et
sain que les zadistes se défendent,surtout quand on voit le nombre des blessés...