Nucléaire : sous-évaluation de la gravité et manque d'infos, pour la CRIIRAD

Publié le par dan29000

 

 

 

nucléaire tue-copie-1La CRIIRAD dénonce la sous-évaluation de la gravité des accidents survenus sur la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi et le manque crucial d’information tant sur les quantités de radioactivité rejetées depuis vendredi que sur les niveaux de contamination de l’air. Faute de ces données, il est impossible de se prononcer sur les niveaux de risques radiologiques. Les rares chiffres disponibles empêchent en tout cas de qualifier les rejets de « mineurs » (niveau 4 dans l’échelle INES) ou de « faibles » (déclaration télévisée de Mme Kosciusko-Morizet dimanche matin).
 
Un classement prématuré


Samedi 12 mars, les autorités japonaises ont classé au niveau 4 de l’échelle INES l’accident survenu sur le réacteur n°1 de la centrale de Fukushima Daiichi alors que l’accident était encore – est toujours – en devenir et que plusieurs autres réacteurs étaient en situation d’urgence radiologique. Les opérateurs de la centrale sont toujours en train de s’exposer à des niveaux d’irradiation très élevés pour éviter que la défaillance des systèmes de refroidissement des réacteurs n°1, 2 et 3 ne se transforme en catastrophe nucléaire. Des mesures extrêmes ont été prises pour refroidir à tout prix les réacteurs (notamment l’injection d’eau de mer en dépit des risques associés).

Le classement au niveau 4 a été enregistré sans correctif par l’AIEA. A notre connaissance, à ce jour, aucune autorité de sûreté nucléaire ne l’a remis en question.

Rappelons que l’échelle dite INES (International Nuclear and radiological Event Scale) classe les accidents nucléaires en fonction de leurs conséquences dans le site et à l’extérieur du site. Concernant les conséquences à l’intérieur du site, le niveau 4 correspond à un  « endommagement important » du cœur ou des barrières radiologiques ; dès lors que l’endommagement est « grave », le classement passe aux niveaux 5, 6 ou 7 en fonction de l’importance des rejets de radioactivité à l’extérieur de l’installation, importance qui conditionne évidemment le niveau de risque d’exposition de la population :

  • Le niveau 4 correspond à un rejet mineur de radioactivité dans l’environnement ;
  • Le niveau 5 à un rejet limité susceptible d’entraîner l’application partielle de contre-mesures prévues ;
  • Le niveau 6 à un rejet important susceptible d’exiger l’application intégrale des contre-mesures prévues ;
  • Le niveau 7 à un rejet majeur avec effet considérable sur la santé et l’environnement :

    A l’appui du classement au niveau 4 de l’échelle INES (endommagement important, mais pas grave, du cœur des réacteurs et rejets mineurs de radioactivité), ni les autorités japonaises, ni l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) n’ont publié de chiffres : ni sur l’ordre de grandeur des rejets, ni sur leur composition isotopique (nature et proportion des radionucléides présents qui déterminent la radiotoxicité des émissions radioactives) ni sur les niveaux de contamination de l’air à différentes distances de l’installation.

Tout aussi surprenantes sont les déclarations télévisées de la ministre de l’Ecologie qui a qualifié dimanche matin les rejets radioactifs de « faibles », alors même qu’elle reconnaissait ne disposer d’aucun chiffre. Cette qualification se fondait-elle sur l’évaluation des spécialistes de l’IRSN, de l’ASN et d’AREVA qu’elle avait réunis auparavant pour faire le point sur l’accident ? Il serait intéressant de savoir si la minimisation est imputable aux experts officiels (comme en 1986) ou à l’échelon politique.

Selon la CRIIRAD les rejets ne sont ni « mineurs », ni « faibles »

Sur la base des trop rares mesures disponibles, la CRIIRAD réfute formellement ce classement.

Samedi 12 mars, les débits de dose auraient en effet atteint 1,5 mSv/h (milllisievert par heure) aux abords immédiats de la centrale, avant de décroître après les opérations de décompression du réacteur, c’est-à-dire après le rejet de radioactivité dans l’atmosphère. Précisons qu’une valeur de 1,5 mSv par HEURE est de l’ordre de 10 000 fois supérieure au niveau ambiant normal et que la limite de dose réglementaire maximum admissible pour la population est de 1 mSv par AN (de 20 mSv/an pour les travailleurs). Ces niveaux d’irradiation indiquent que les rejets n’ont rien de « faibles » ou de « mineurs ». Une valeur de 100 µSv/h aurait été relevée dimanche par des journalistes à 2 km de l’installation. Si ce chiffre est avéré, il traduit la persistance et l’importance des rejets dans l’environnement.

Un terrible manque de transparence


Si les autorités affirment que les rejets sont mineurs ou faibles, elles doivent le justifier sur la base d’éléments chiffrés,
objectifs et vérifiables.


La CRIIRAD demande que soient publiées les évaluations de la quantité totale de radioactivité rejetée par chacun des réacteurs accidentés ainsi que la composition isotopique des rejets. La CRIIRAD demande également la publication des niveaux de contamination de l’air : cartographie des activités volumiques (Bq/m3) pour les radionucléides clefs en fonction de la distance et du temps. Il importe de déterminer l’intensité et les déplacements des masses d’airs contaminées. Les informations disponibles suggèrent en effet que les rejets radioactifs de la centrale de Fukishima Daiichi ont atteint hier la centrale d’Onagawa située à 110-120 km au nord.

Evolutions météorologiques préoccupantes


Il importe de souligner que plusieurs services météorologiques ont annoncé dimanche que les conditions météorologiques - qui étaient plutôt favorables vendredi et samedi (vents d’ouest/sud-ouest) – allaient s’inverser, avec des vents qui devraient désormais souffler vers l’intérieur des terres. Des pluies seraient également annoncées ce qui conduit, en cas de contamination de l’air, à intensifier les dépôts au sol. Dans un communiqué du 13 mars, l’AIEA annonce au contraire que les vents souffleront vers le nord-est, éloignant les rejets radioactifs  des côtes japonaises. « In partnership with the World Meteorological Organization, the IAEA is providing its member states with weather forecasts for the affected areas in Japan. The latest predictions have indicated winds moving to the Northeast, away from Japanese coast over the next three days.” L’AIEA n’a pas modifié cette information dans ses communiqués les plus récents. S’agit-il d’une version modifiée de l’anticyclone censé protéger la France en 1986 ?

Ces incertitudes doivent absolument être levées. Pour assurer au mieux la protection de la population, ou plutôt pour limiter au maximum son exposition, il est essentiel de disposer d’informations fiables et en temps réel sur les activités rejetées, sur la vitesse et la direction des vents, sur l’évolution de l’activité de l’air et des dépôts au sol.

Si les informations sur les ordres de grandeur des activités, des concentrations et des doses ne sont pas publiées pendant la phase de crise, il y a fort à craindre qu’il sera très difficile d’établir après coup la réalité des niveaux d’exposition.
 


 

CRIIRAD Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité

Publié dans environnement

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Mitsuko 16/03/2011 09:18



Bonjour Dan,


Comment peuvent-t-ils nier l'évidence et pourquoi ne pas dire les choses, je suis sûre et certaine que si tout était clair ... tout serait différend, il n'y aurait pas de vague ... donc
pourquoi cacher ce qui se passe alors que nous avons des informations qui tombent tout le temps ... ça sème une pagaille monstre ... et au pire, ils peuvent dire qu'ils ne savent pas ce qui s'est
passé, ce qui se passera ... bien sûr qu'il y aura des mouvements de colère mais en même temps, ils seront honnêtes ... oups ... j'avais oublié qu'un politique n'est jamais honnête ...


Bon mercredi à toi. A bientôt. Bises.


Mitsuko



dan29000 16/03/2011 10:00



Rappelons encore qu'au Japon, le premier ministre que l'on voit en boucle dans tous les médias, devait tomber cette semaine, pour corruption, que c'est un organisme privé japonais qui gère les
centrales nucléaires, qui fut mis en cause plus d'une fois par le passé, pour dissimulation d'incidents graves...ETC...La première caractéristique du nucléaire est le culte fondamental du secret,
et quand Areva sort de son mutisme légendaire, cela se nomme de la com, pure et simple, écouter Lauvergeon est édifiant, lire ses publications gratuites aussi, un art délicat et subtil de
discréditer les anti-nucléaires, de travestir la vérité, d'appeler un chat un éléphant, et ainsi de suite, ils ont des spécialistes vraiment forts...Donc quand les gens dorment, la responsabilité
est partagée, entre la propagande massive d'Areva, les lâchetés du duo politique UMP PS et l'indifférence de ces gens endormis...


Mais le réveil est toujours possible...Bon mercredi à toi