RESF Rennes : la chasse aux enfants, activité policière de l''été

Publié le par dan29000

 

Dis Maman, pourquoi on est en vacances avec des policiers ? Safayet, 6 ans

Victime parmi d'autres de l'activité favorite des préfectures pendant les vacances scolaires : la chasse à l'enfant, Rafael (2 ans), Anna (6 ans), Fathi (6 mois), Janiya (3 ans), Safayed (6 ans), Jolkhar (15 ans), Khamzat (5ans) et Artur (5ans) ne sont pas prêts d'oublier l'été 2011....Tous ces enfants ont été enfermés derrière les grilles du CRA de Rennes et surveillés par des hommes en arme. Aucun d'eux n'a été expulsé, et les plus grands ont repris ce matin le chemin de l'école

 

Retour sur l'enfermement de la famille Chowdhury, emblématique de l'acharnement des Préfectures au nom de la politique du chiffre :

 

 

 

Originaire du Bengale, la famille Chowdhury  est soutenue par RESF 35 depuis des années. Nés en France, les 2 enfants, Safayet, 6 ans et Janiya 3 ans, sont scolarisés à l'école maternelle de Picardie, à Rennes. Ils ont reçu un parrainage républicain à la mairie de Rennes en octobre 2008. Le couple est arrivé en France en 2005 pour demander l'asile. Déboutée depuis 2007, la famille n'a cessé de faire des démarches pour tenter de régulariser sa situation auprès de la Préfecture d'Ille et Vilaine qui a toujours refusé de leur délivrer un titre de séjour.

La PAF se présente à leur domicile le 17 août. Ils sont interpellés et placés au CRA de Rennes St Jacques. La machine a expulser est lancée et rapidement les soutiens s'organisent pour l'enrayer.

Me Le Strat, l'avocate de la famille Chowdhury, saisit le jour même le JLD en urgence.

Dès la première audience le 18 août, le public est nombreux pour soutenir la famille. L'avocate évoque les troubles du développement dont souffre Safayet (6 ans) qui bénéficie d'un suivi psychopédagogique depuis 2 ans. Grâce à cette prise en charge, Safayet a fait des progrès considérables qui peuvent à tout moment être remis en cause par un traumatisme ou un choc émotionnel...

Les problèmes de santé de Safayet ne semblent pas émouvoir le représentant de la Préfecture qui remplit son rôle avec zèle. Pour lui, malgré ses grilles, ses barbelés, ses policiers, le « CRA n'est pas une prison », mais un lieu où les conditions d'accueil du CRA sont parfaitement adaptées aux jeunes enfants.

Le juge décide de libérer la famille. La joie est de courte durée, puisque 1h plus tard le procureur fait appel de la décision.

Tous les soutiens présents à l'audience rejoignent aussitôt le rassemblement devant de CRA de Rennes St Jacques pour demander la libération et la régularisation de la famille Chowdhury et que cesse définitivement le placement des enfants en rétention.

Le jugement en appel se déroule le 19 août. Dès le début de l'audience, la présidente de la Cour demande aux 2 enfants de quitter la salle. Ce n'est évidemment pas leur place, on statue sur le sort de leurs parents, entre adultes, pas sur le leur, bien sûr !  D'ailleurs, à aucun moment la situation des enfants n'est prise en compte malgré les tentatives de l'avocate. La cour d'appel annule la décision du JLD et demande le maintien de la famille Chowdhury en rétention pour 20 jours.

Samedi 20 août, nouvelle audience devant le JLD selon la procédure classique. A nouveau la famille est libérée au nom de l'intérêt supérieur de l'enfant. Mais l'acharnement continue et le procureur récidive en faisant appel !

Accablée, la famille Chowdhury est ramenée au CRA  à 22h et se prépare à passer pour la seconde fois  devant la cour d'appel de Rennes. 

Le dimanche 21 août sera la journée la plus longue de leur rétention. Safayet s'interroge : « Maman, pourquoi on est en vacances avec des policiers ? ». Puis il commence à se renfermer dans son mutisme. Après une longue journée d'attente et des annonces contradictoires, l'audience est finalement programmée pour le lendemain.

Lundi 22 août, une nouvelle journée éprouvante débute pour la fa mille Chowdhury: à 11h audience à la cour d'appel et à 14h30 devant le tribunal administratif. Si les deux juridictions prononcent le maintien en rétention, tous les recours seront épuisés. Les soutiens sont de plus en plus nombreux présents aux audiences et les militants se préparent déjà à un nouveau rassemblement devant le CRA pour demander que cesse cet acharnement.

La présidente de la cour d'appel décide de différer son délibéré à l'issue de l'audience au TA...

Compatriotes, militants, enseignants, médecins ou simples citoyens, la salle est trop petite pour accueillir le public qui applaudit quand le juge annonce l'annulation de l'OQTF. Joie et larmes, la famille Chowdhury est enfin libre !

2 h plus tard, la cour d'appel conforte la décision du TA et demande également la remise en liberté de la famille Chowdhury.

Alors que le JLD avait demandé leur remise en liberté dès le lendemain de leur placement en rétention, il aura quand même fallu 5 audiences en 5 jours pour que cette famille soit enfin libérée.

Mardi 5 septembre, jour de rentrée scolaire, le gouvernement a déployé des moyens  disproportionnés pour expulser une famille kosovare. Il y a fort à craindre que la chasse à l'enfant reste ouverte jusqu'en mai 2012. Par 2 fois, le juge de Rennes a lu le mémoire de la Préfecture du Maine et Loire qui précisait que les enseignants étaient autorisés à se rendre dans les CRA pendant la période scolaire...

                                                     Rennes, le 5 septembre 2011

                                                    Carole Bohanne (RESF 35)

 

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