Tunisie : Facebook, Twitter, Anonymous, blogs contre la dictature

Publié le par dan29000

 

 

Les récents troubles au sein du régime de Ben Ali soulignent l'importance des réseaux sociaux comme l'outil indispensable de l'opposant dans un pays où l'information est verrouillée.

Les récents troubles sociaux en Tunisie, en particulier dans la région de Sidi Bouzid (centre-est, à 240km de Tunis), ont mis en lumière l'importance d'Internet et des réseaux sociaux dans un pays en proie à une importante censure.

Largement réprimés par les forces de l'ordre, les mouvements de contestation du régime du président Zine el Abidine Ben Ali ont déjà fait un mort et de nombreux blessés. Malgré une censure omniprésente, les manifestants ont su tirer parti de la puissance d'Internet pour s'organiser.

"Tout est passé par Facebook", raconte une Tunisienne à Nouvelobs.com. Ces dernières semaines, les internautes tunisiens ont été pris dans un tourbillon d'informations, en postant sur Facebook toutes les vidéos ou articles en lien avec les événements de Sidi Bouzid. Le slogan "Partager nous sauvera" s'est érigé en règle.

"En Tunisie, Internet est devenu le seul moyen pour se révolter", poursuit la jeune femme. Une situation qui rappelle l'Iran et ses manifestations post-électorales de 2009, largement reprises sur Twitter.

 

La Tunisie, "ennemi d'Internet"

"La Tunisie est l'un des cinq pays les plus répressifs au monde en matière d'Internet", note Lucie Morillon, responsable du bureau Internet chez Reporters Sans Frontières. La Tunisie est "un ennemi d'Internet" où sont censurés "les sites de l'opposition politique, les sites de défense des droits de l'homme, les sites d'informations dissidents, des centaines de blogs", explique-t-elle à Nouvelobs.com.

Les sites de partagent de photos et de vidéos comme FlickR et YouTube sont également bloqués, tout comme les sites faisant référence à WikiLeaks.

Mais, face à l'ampleur du mouvement de contestation à Sidi Bouzid, "le gouvernement est passé à la vitesse supérieure en bloquant une centaine de pages Facebook, en empêchant de poster des photos et vidéos, en bloquant le 'https' de Facebook [qui permet une connexion sécurisée au site, NDLR] et en bloquant certains proxys [qui permettent de contourner la censure, NDLR]. Aujourd'hui, le gouvernement a peur du potentiel de mobilisation d'un Facebook, donc ils font tout pour le bloquer", poursuit-elle.

La blogueuse tunisienne Lina Ben Mhenniis raconte que ses comptes e-mail et Facebook ont été piratés, tout comme plusieurs blogueurs engagés. "Vous pouvez nous censurer, vous pouvez nous pirater, mais vous ne pourrez pas nous empêcher d'écrire !", martèle la jeune femme.

 

"Internet est devenu un titan que rien ne peut arrêter"

L'information circule néanmoins toujours énormément via Facebook et les réseaux sociaux. "Internet est devenu le seul canal où l'information libre transite", tranche la responsable chez RSF.

Plus de 1,8 millions de Tunisiens disposeraient d'un compte Facebook sur 3,6 millions d'internautes à travers le pays, note ainsi le site CheckFacebook. Sur les 30 derniers jours, la Tunisie est même le troisième pays au monde où le terme "Facebook" est le plus recherché.

"Même s'il est sous haute surveillance, même s'il est entouré de barbelés, Internet est devenu un titan que rien ne peut arrêter", lance le journaliste d'opposition Taoufik Ben Brik. "Sans Internet, personne n'aurait été informé de ce qui se passe à Sidi Bouzid. Aujourd'hui, c'est le temps du web, les gens s'informent à travers Internet tout en se cachant de la police cybernétique derrière des proxys", raconte l'opposant tunisien à Nouvelobs.com.

"En Tunisie, chaque fois que l'on cherche à se connecter à un site 'sensible' politiquement, on arrive sur une 'Erreur 404', baptisée ici 'Ammar 404' [référence à une chanson populaire désignant Ben Ali, NDLR]", explique encore Taoufik Ben Brik.

 

"Anonymous a entendu le cri de liberté du peuple tunisien" 

Face à la censure, les Tunisiens viennent de recevoir le soutien d'un allié de taille sur le web : les Anonymous. Après leur guerre contre l'industrie du disque et leur soutien à WikiLeaks, le groupe des hackers a lancé "l'opération Tunisie".

Dans une "lettre au gouvernement de Tunisie", les Anonymous déclarent : "Vous avez unilatéralement déclaré la guerre à la liberté d'expression, à la démocratie et à votre propre peuple. Anonymous a entendu le cri de liberté du peuple tunisien. Anonymous est disposé à aider le peuple tunisien dans cette lutte contre l'oppression".

Le groupe s'est ainsi livré à de nombreuses attaques informatiques -dites de DDoS- contre différents sites gouvernementaux, mettant hors ligne plusieurs sites web dont celui du Premier ministre.

Outre ces attaques, les Anonymous ont décidé de diffuser largement aux Tunisiens des informations pour pouvoir contourner la censure. Différents sites ont été mis en place, de même qu'un compte Twitter et des canaux de discussion.

 

"Qui va gagner la guerre de l'information" ?

Face aux manifestations de Sidi Bouzid, le président Ben Ali s'est lancé dans une véritable campagne de communication visant à apaiser les esprits. Dans un discours, il a dénoncé "l'ampleur exagérée qu'ont pris ces événements", tout en soulignant "l'impératif de respecter la liberté d'opinion et d'expression et le souci de les consacrer dans la législation et la pratique. Nous respectons toute position dès lors qu'elle est exprimée dans le cadre de la Loi et des règles et éthique du dialogue", a-t-il affirmé.

Pour Taoufik Ben Brik, "ce qui s'est passé à Sidi Bouzid est énorme. Le peuple a réussi à casser le mythe Ben Ali, à casser l'image de ce Caligula maghrébin."

L'opposant s'élève d'ailleurs contre "une tentative de désinformation" dans les médias internationaux. "Toutes les personnes interviewées dans les médias travaillent pour des officines et cherchent à minimiser la situation. Sur France-Inter, sur Rue 89... tous sont liés à Ben Ali mais se cachent derrière un statut d'ancien opposant", lance-t-il. "Quand on dit que Nessma TV a 'cassé le blocus', c'est faux ! Le régime a autorisé cette émission spéciale", avance Taoufik Ben Brik.

"Sidi Bouzid est devenu un emblème... Ben Ali a été pris en flagrant délit de despotisme", assène l'opposant tunisien qui conclut : "Reste maintenant à savoir qui va gagner la guerre de l'information".

 

(Boris Manenti - Nouvelobs.com)

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