Tunisie : les élections approchent, parlons d'Ennahda

Publié le par dan29000

Sophie-Alexandra Aiachi

Troisieme année prépa Science po, khagne et journaliste
Entre ‘’Ennahdaphobie’’ et ‘’Ennahdaphilie’’ : comment comprendre ce fossé ?

Entre ‘’Ennahdaphobie’’ et ‘’Ennahdaphilie’’ : comment comprendre ce fossé ?

Conférence de présentation du programme politique du parti

 

Suite à des interviews de certains portes paroles du parti Ennahda, une analyse du programme et de sa fiabilité semble nécessaire.

 

 


Démocratie et légitimité :


Le débat selon lequel le parti Ennahda est illégitime et que par conséquent nous ne devrions pas ni en parler, ni d’ailleurs, leur parler, est complètement eronné. En ce sens, il serait plus que antidémocratique de la part des médias aujourd’hui de ‘’censurer’’ le parti Ennahda et de ne pas l’analyser sous prétexte que le parti irait à l’encontre de notre chère démocratie…

Dans cette optique le parti Ennahda prône “un Islam éclairé qui aura son rôle dans la société de manière éthique et pratique” il affirme qu’il “ne touchera pas aux libertés personnelles, mais il jouera un rôle important dans la société tunisienne”. Des propos assez flous, pendérés avec cette précision : « il y aura une séparation entre la politique et la religion », ce qui est plutôt rassurant, mais une phrase vient s’ajouter à cela et paraît quant à elle très ambiguë : « le religieux aura son rôle et il sera important, n’challah. Il y a de l’extrémisme dans l’islam et il faut le combattre. Il faut moderniser ce domaine, c’est un travail philosophique d’interprétation, et le parti politique ne peut pas le faire. Il faudra un Etat fort qui sera a même de gérer tous les extrémismes ».

Ainsi, les propos tenus par ce porte parole, semble de nature à laisser l’interlocuteur dans le flou même si les questions a ce sujet se sont répétées afin d’y voir plus clair. On peut alors s’interroger sur : quelle est la bonne attitude a adopter face à un discours des plus prompt a utiliser la langue de bois ?

La carte de la religion pour gagner le peuple : un nouvel instrument de choix.

Une question qui ne semble étonner que certains d’entre nous, qui observons le jeu des politiques, est : depuis quand les partis politiques ne sont-ils pas, majoritairement en tout cas, musulmans ? Comment peut arborer le blason de l’islam quand 98% de la population se revendique de cette même religion ? Il n’y a t-il pas risque d’un usage abusif de la religion dans un pays qui a surtout besoin de renouer avec la politique.

Quand on parle d’un parti politique, on s’attend généralement à y retrouver des idées politiques et non religieuses… Pourtant lorsque l’on regarde les agissements et les propos tenus par le parti Ennahda, on se rend vite compte de nos illusions.

En effet, on peut prendre tout d’abord l’exemple de l’association Fatwa qui au cours d’un dialogue entre internautes et membres, à répondue par l’affirmatif à la question : ‘’ Est ce que ne pas voter Ennahda est péché ? ‘’ cela relève plus d’un phénomène social défaillant que d’une réelle volonté de diriger un pays de manière démocratique. On peut également souligner le point suivant : qu’en est il des discours ‘’pro-ennahdha’’ que certains d’entre nous retrouvent dans les mosquées ? Quelle en est la conséquence pour notre actuelle transition démocratique ?

D’autre part, il semble judicieux de revenir sur un point crucial qui est celui de la manipulation médiatique. En effet, il apparaît quelque peu délicat de justifier la présence d’un des plus emblématique représentant et porte parole du parti Ennahda, justement en période de ramadan. présence qui a suscité beaucoup de réactions et la désapprobation de l’INRIC.

L’existence d’un programme est-il important pour la Tunisie ou doit-on se faire manipuler par des pseudos questions ?

L’application de la chariaa, la question de la polygamie ou de l’alcool semble occuper l’essentiel des questions posées, pourtant et si nous étions logique, nous demanderions des précisions sur le programme économique, politique, social et culturel. A partir de la, nous réaliserions très rapidement que ce programme n’est que partiellement achevé et que les propos sont très imprécis.

La ligne politique du parti pourrait être interprétée sur un échiquier occidental comme étant de droite conservatrice. La priorité du parti est, selon M.Jazziri de « réussir des élections démocratiques et aller vers une vraie démocratie ». La volonté du parti est d’aller vers « une République tunisienne ou la justice serait indépendante et ou les médias seraient libres », rappelle-t-il.

Les priorités économiques seront les suivantes : « remédier au problème du chômage mais également celui du déséquilibre entre les régions ou il faudrait redistribuer les richesses et développer l’infrastructure ». Mais il faudrait également, « mettre l’accent sur le secteur de l’agriculture ». Il s’agira de trouver « des investissements étrangers et de relancer le tourisme à travers un angle plus culturel et une accentuation des normes de sécurité ». Toutes ces belles phrases sont des grandes lignes, pour ne pas dire des très grandes lignes qui serviraient de ‘’patron’’ à un programme économique naissant, mais pas pour un parti qui se veut si proche du peuple et aux faits des différentes problématiques que subissent les tunisiens. On peut regretter le manque de précisions dont l’absence de chiffres et de mesures concrètes afin de relancer l’économie.

M.Jazziri ajoute cependant que « Les libertés individuelles ne seront absolument pas remises en question » ni en ce qui concerne le code du statut personnel pour la femme ni en ce qui concerne « la liberté de culte ou de non culte ». Et il affirme ensuite qu’il y a « une exception féministe en Tunisie, la femme doit lutter pour cela, et notre parti la soutiendra ». Sur la question un peu plus délicate qui est celle du port ou non du voile il indique que « les deux cas sont normaux et que les filles seront apte à choisir. »

Une remarque peut etre effectuée sur les 365 points publiés il y a quelques heures. Cela ne constitue pas un programme, ce ne sont que des points, pour le moins démagogues et partiels. Seul chiffre interessant celui des 560 000 emplois a pourvoir, sur une durée de temps très déterminée (3 ans), et dont la fonction publique assurerait l’entiere responsabilité des affectations.. Une question s’impose alors : comment financer tout ceci ? La volonté y est, mais les points ne sont que très peu développés et cela dénote d’un manque flagrant de ‘’background’’. En ce qui concerne l’aspect instutionnel, le plus important en vue des élections du 23. On note que le parti Ennahda prone un régime parlementaire, que le parlement sera monocameral, que le president sera nommé par le parlement (et non au suffrage universel ce qui lui confererait une véritable légitimité dont le parti ne semble pas vouloir), enfin le point 13 souligne que le premier ministre sera nommé par le président dans les rangs du parti ayant obtenu le plus de sieges. D’autre part, un point essentiel est à noter, le gouvernement peut etre dissout mais il ne peut dissoudre. Ces derniers points évoqués posent un véritable problème d’équilibre des pouvoirs. Ce programme parait etre bien ficelé par des experts en communication qui sous des aspects démocratiques : ‘’ séparation des pouvoirs “, “république”, “Etat libre” ect, font passer des points pour le moins anti-démocratiques.

Un double discours si flagrant que ca en devient gênant

Ce dernier point nous amène à nous interroger sur la valeur de ces propos et par conséquent sur l’existence d’un double discours si spécifique au parti Ennahda. Ce double discours se retrouve dans des sujets tels que la polygamie que certains tel que M.Jebli affirme pouvoir l’envisager et que d’autres tel que M.Jazziri condamne. Cela se retrouve également sur la question de l’alcool ou encore une fois deux portes paroles se contredisent et essayent plus ou moins bien de rattraper les propos de l’autre. Ces différences de discours se ressentent donc tant sur le plan horizontal (c’est a dire en haut du parti) que de manière verticale (c’est à dire une différence flagrante dans les idées entre le haut du parti et la base). Cette analyse en amène une autre encore plus inquiétante : deux courants de pensées différents existent au sein du même parti, pour ne pas dire plusieurs, ces deux courants se veulent pour l’un ‘’modéré’’ et pour l’autre plus ‘’extrémiste’’. Le point étant ici de voir que si l’on vote pour ce parti, on est en droit de se demander lequel des courants sera au pouvoir ?
Les financements en question.

La question des financements des partis politiques reste très présente aujourd’hui en Tunisie et ceci est valable pour tous. Ainsi, la loi des partis n’a en aucun cas rassurer les citoyens sur l’opacité des rentrées d’argent que certains partis perçoivent. une loi reçue avec beaucoup de réticence de la part des partis, comme Ennahdha, qui comptaient sur un financement massif.

Cependant, et même si M.Jazziri soutient que : « le parti Ennhada va montrer un bilan passif et actif de toutes (ses) actions, (ses) discours et tout ce qui est nécessaire et demandé » et qu’il souhaite : « la clarté et la transparence » sur ce point, on peut tout de même s’interroger sur lles transfert d’argent ‘’conséquent’’ venant de personnes tunisiennes habitant en dehors du pays. Plus précisément dans les pays du golf. On peut également se demander comment ce parti arrive-t-il à faire autant d’actions sociales…Le clientélisme serait-il une future menace ?

Ennahda : une machine de guerre…

Le parti Ennahda est donc un parti légitime en théorie, en ce qui concerne la pratique chacun est libre d’interpréter certains actes à sa façon. Ne s’en tenant qu’aux faits établis et prouvés et vérifiés, le parti n’a jamais sciemment revendiqué un acte non démocratique. Il est donc en droite lignée avec la loi. La question du financement est quant à elle cruciale, elle va désigner l’entière ‘’démocratibilité’’ du parti, c’est un point sur lequel la Haute Instance devrait accorder plus d’attention afin de faciliter la transparence de tous les partis.

La démocratie et ses enjeux, nous amène également à voir que la religion relève ici plus d’un instrument à fin électorale que d’un véritable aspect du parti, car dans l’absolu, le nombre de non-musulman aujourd’hui en Tunisie relève plus d’epsilone que d’autre chose. Et si le parti ne compte pas faire appliquer la chariaa, en quoi se distingue-t-il religieusement des autres partis ? A partir de la on se rend compte que l’écran de fumée ne cache pas entièrement la foret : le programme économique social et culturel peine à être achevé et ce n’est pas bon signe. L’autre point négatif est donc l’existence de ce double discours si particulier du parti Ennahda qui pose une interrogation fondamentale : quelle valeur attribuer aux propos tenus par ce parti ? A partir de la, si la confiance n’est plus, comment envisagerait-on l’accès au pouvoir de ce parti ?

Quoi qu’il en soit, il faut bien reconnaître une chose, c’est que ce parti tient en son sein de fins experts en communication et en stratégie qui, je le crois, leur permettront d’aller loin, mais la question du programme économique doit être achevée de toute urgence et en ce qui concerne la confiance, elle doit être gagnée.

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Source : NAWAAT

Publié dans Monde arabe - Israël

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