Vaccination contre la grippe, attention aux entourloupes

Publié le par dan29000

Les entourloupes du "mois rose" : II. Vaccination contre la grippe

Plus ça change...
lundi 14 novembre 2011 par Marc Girard

Mes fidèles lecteurs me pardonneront certainement le retard au projet annoncé d’analyser les deux principales entourloupes du "mois rose". Il faut dire à ma décharge que l’imagination promotionnelle implacable des autorités sanitaires soumet le commentateur à rude épreuve : c’est quasiment tous les jours qu’il faudrait prendre la plume pour dénoncer leurs nouvelles entourloupes, dont l’accélération - je n’ai cessé de le dénoncer - est directement imputable à la surenchère démagogique déclenchée par l’exploitation politique et médiatique démente du micro-scandale Médiator [1].

Pour revenir à la seule campagne 2011-12 de vaccination contre la grippe, on nous a expliqué que les vaccins n’avaient quasiment pas changé relativement à l’an dernier : d’où l’on déduit facilement que mes mises en garde du même an dernier n’ont pas pris une ride.

Et qu’à y regarder de plus près, elles pourraient même être renforcées...

Relativement aux positions opportunistes, c’est en effet le privilège de celles qui sont guidées par la recherche de la Vérité que de se bonifier avec le temps [2]. Que s’est-il donc passé, depuis environ un an, qui autorise à déconseiller encore plus fermement aux citoyens de s’exposer à une vaccination aussi hasardeuse ?

Plus ça change...

  • Jusque voici peu [3], la vaccination antigrippale était présentée en haut lieu comme un succès de la politique préventive française : moyennant quoi, l’éventail de mortalité le plus couramment cité par la presse (spécialisée ou non) se situait entre 4000 et 7000 victimes par an. Depuis 2009 et de l’aveu même des autorités, la défiance croissante des citoyens à l’endroit de cette vaccination s’est soldée par une chute vertigineuse de la mortalité imputée à la grippe : 312 cas en 2009-2010, 151 cas la saison suivante alors même que la vaccination avait encore baissé de façon spectaculaire par rapport à l’année précédente. Sur la base d’un paradoxe aussi manifeste, faites comme le bon Dr Grange : cherchez l’erreur - ou l’entourloupe...
  • Avec une obstination rare frisant la jubilation, la collaboration Cochrane n’a cessé de réactualiser ses évaluations de la vaccination contre la grippe, pour aboutir chaque fois au constat d’une discordance faramineuse entre les recommandations des autorités (manifestement inspirées des fabricants) et le manque de preuves solides concernant l’intérêt d’une telle vaccination.
  • Sans qu’une mesure aussi exceptionnelle, dans sa radicalité, n’appelle la moindre justification ni des autorités, ni du fabricant concerné, l’une des spécialités (Arepanrix) initialement autorisées pour la campagne de l’an dernier a été subrepticement retirée du marché. Ce retrait dit assez la fiabilité du processus qui avait conduit les autorités européennes à autoriser la commercialisation des vaccins contre la grippe ; leur pesant silence dit assez la tranquillité de leur conscience [4].
  • Alors qu’il a été lourdement démenti par les faits, "l’expert" infectiologue mandaté - par qui ? - pour affirmer dans la presse [5] que la question des narcolepsies n’avait été qu’une fausse alerte (et que les Suédois s’étaient "rétractés") n’a pas été sanctionné - surtout pas par l’Ordre des médecins, par essence (et confirmation baptienne) gardien de toutes les vertus médicales. Bien pis : le même expert n’a pas craint de réapparaître un an plus tard [6] - au service de qui, une fois encore ? - pour s’indigner [7] que les autorités sanitaires n’arrêtent pas des mesures d’absolue coercition pour imposer les vaccinations qui inspirent pourtant des craintes justifiées aux citoyens...
  • Deux ans après les premières alertes sur les narcolepsies, l’administration sanitaire française n’a strictement rien fait de ses engagements à entreprendre les études et investigations qu’imposait la situation : au mépris flagrant, là encore, de la recommandation vague et parfaitement démagogique de l’IGAS que désormais, "le doute profite au malade et non au médicament" [8]. Dans le même temps, cependant, on dispose d’une étude réalisée par ces Suédois qui s’était prétendument "rétractés" (dixit l’expert susmentionné), dont les conclusions sont accablantes relativement au lien de causalité entre Pandemrix et la survenue de narcolepsies chez l’enfant et l’adolescent [9]. On dispose également de données alarmantes dans d’autres pays, dont la Finlande - et, n’en déplaise à nos autorités, la France...
  • Bien que mon rappel d’un énorme précédent historique quasi superposable n’ait pas été repris par les médias (on se demande bien pourquoi...), l’hystérie entretenue autour de l’affaire Médiator - malgré sa démagogie et ses exagérations - a indirectement permis de confirmer que le scandale de la grippe porcine, en 2009, n’était pas un coup de tonnerre dans un ciel serein mais l’expression parmi bien d’autres de l’incroyable corruption morale et intellectuelle qui prévaut dans les organismes sanitaires nationaux ou internationaux [10].

... et plus c’est la même chose

On se rappelle peut-être que l’un de mes arguments les plus précoces [11], les plus radicaux et les plus efficaces contre la campagne vaccinale programmée à l’automne 2009 par Roselyne Bachelot tenait à la précipitation du développement pharmaceutique, que j’avais jugée strictement incompatible avec les principes technico-réglementaires élémentaires qui gouvernent, normalement, la mise au point d’un médicament nouveau - surtout lorsqu’il est aussi complexe qu’un vaccin. Deux ans après, rien n’a changé.

  • Même si cette année, les souches virales n’ont pas été modifiées par rapport à l’an dernier, les autorités sanitaires - loin d’exploiter ce répit pour approfondir un peu l’évaluation d’un vaccin à l’improvisation duquel la variabilité virale a toujours servi de prétexte - en ont profité pour élargir encore les indications (femmes enceintes, sujets obèses), sans prendre la peine, évidemment, de procéder au minimum d’essais cliniques qui, réglementairement, devraient conditionner de telles extensions.
    • A priori, semblable audace est d’autant plus remarquable que, comme je l’ai moult fois rappelé, les populations concernées (les femmes enceintes, surtout) par une extension aussi hasardeuse font normalement partie des "espèces protégées" de la recherche clinique - justiciables à ce titre d’un surcroît de prudence relativement aux médicaments nouveaux.
    • A posteriori, cette audace apparaît d’autant plus criminelle qu’il faut beaucoup de mauvaise foi pour ne pas voir que l’introduction du H1N1 dans les préparations vaccinales s’est soldée par un nombre tout à fait alarmant d’accidents obstétricaux - lesquels, comme les narcolepsies, doivent toujours être "à l’étude" dans le tiroir d’un bureau de l’AFSSAPS dont le titulaire a dû changer d’affectation par la grâce de la "Réforlution du médicament" [12].
  • Tout en justifiant que la stabilité des souches virales n’imposait pas de nouvelles études, le communiqué de l’AFSSAPS du 16/09/11 a admis que lorsqu’une souche nouvelle était incorporée au vaccin antigrippal (situation qui correspond à un changement radical de principe actif et qui devrait, à ce titre, appeler un nouveau développement complet), il était simplement demandé aux fabricants de réaliser deux études, incluant 50 sujets chacune [13]. Quand j’aurai un peu de temps à consacrer aux nuisibles de la Toile (revendiquassent-ils la compétence oxymorique de "journaliste philosophe" - à moins que ce ne soit l’inverse...), je reviendrai sur l’accusation qui traîne ici ou là selon laquelle, en 2009, j’aurais annoncé - évidemment à tort - pas moins de 65000 morts avec le vaccin anti-H1N1 [14]. Cela signifie qu’avec les procédures jugées suffisantes par les autorités européennes pour autoriser un nouveau vaccin contre la grippe, l’idéal d’une vaccination quasi "universelle" (tel qu’inspiré par leurs sponsors) est compatible, à l’échelle d’un pays comme le nôtre, avec l’émergence d’un effet indésirable potentiellement grave et inaperçu lors des essais cliniques touchant au moins 650000 personnes (j’ai bien vérifié les zéros) : je suis au regret de maintenir que pareille perspective appelle une réflexion éthique et épistémologique - même chez les philosophes journalistes qui lisent l’allemand dans le texte...

Conclusion

Passés maîtres ès "fabrication du doute" [15] grâce au dévouement sans borne de leurs experts maison, fussent-ils estampillés "indépendants" par la volonté du Prince, les prédateurs modernes de la société et de l’environnement savent développer des trésors d’ingéniosité et de raffinement statistique pour priver les citoyens de leur pouvoir de constat et les conditionner à ne plus voir ce qui saute aux yeux : les plantes peuvent bourgeonner au plus fort de chaque hiver, il n’y a pas de perturbations climatiques ; la technique moderne a beau être marquée par une accélération foudroyante de l’obsolescence (ne serait-ce qu’avec la durée de vie prévisible des supports de stockage informatique...), il va de soi que le stockage à long-terme des déchets nucléaires est parfaitement maîtrisé (sous l’hypothèse de travail qu’il n’y aura aucun "tsunami du siècle" sur les prochaines 25000 années...) ; et même si l’on voit tous les jours des enseignants, des chercheurs, des entrepreneurs, des journalistes, des éditeurs, des hommes publics qui ne maîtrisent clairement plus les bases élémentaires de la syntaxe, du calcul (la règle de trois...) ou de la logique, "les études disponibles" réfutent la réalité d’une baisse de niveau scolaire [16].

A l’inverse, cependant, dès qu’il s’agit non plus de mettre en doute les risques de leurs produits, mais d’en assurer la promotion, alors adieu prudence intellectuelle et subtilité statistique [17] : si l’impossibilité d’affirmer "avec certitude" le lien de causalité entre un antidépresseur et un effet indésirable suffit à tuer toute suspicion de risque iatrogène, cette même incertitude statistique n’a plus aucune portée quand il s’agit de proclamer l’efficacité du même antidépresseur sur la base d’essais cliniques où le produit supposé "actif" s’est à peine distingué du placebo [18]. Semblablement, si "les experts sont unanimes" pour contester l’extrapolabilité des données animales dès lors qu’elles suggèrent la toxicité d’un médicament ou d’une substance chimique, ces mêmes données animales deviennent parfaitement démonstratives dès lors qu’on peut les exploiter pour suggérer la réalité d’une action thérapeutique qui peine à émerger des essais cliniques réalisés chez l’homme [19]...

Des contradictions aussi grotesques répondent, parmi bien d’autres éléments intrinsèques [20], à mon souci d’un contrôle citoyen de l’expertise : il n’est pas besoin d’avoir fait des études poussées de physique ou de se ridiculiser à un bras de fer inégal avec plus compétent que soi pour reconnaître la nullité "d’experts" prenant des paris de sécurité sur une période qui se chiffre en dizaines de milliers d’années tout en se dégonflant au premier imprévu sous le prétexte risible qu’ils se sont heurtés à l’emmerdement "du siècle"...

Dans un monde gouverné par une rationalité technico-scientifique et l’éthique inhérente, il serait possible de débattre posément quant aux bénéfices et inconvénients des examens préventifs ou des vaccinations. Mais en l’espèce, c’est bien l’excès promotionnel des campagnes en faveur de la mammographie ou de la vaccination antigrippale - ainsi que la corruption intellectuelle et morale patente de leurs artisans - qui permet de trancher sans même avoir besoin d’entrer dans le détail.

Dans un article déjà ancien consacré à la vaccination contre l’hépatite B chez les petits, je concluais comme suit : "Ne confiez plus vos bébés à n’importe qui". Tout ce que nous avons vu depuis - et notamment depuis la révélation du scandale H1N1 - autorise désormais à étendre cette recommandation :

Ne confiez plus votre santé à n’importe qui.

[1] Aux dernières nouvelles, Xavier Bertrand serait en train de préparer une liste d’experts "indépendants" ! Avec ceux qu’il avait déjà (notamment pour préparer sa super réforme du médicament), il aura désormais deux listes à sa disposition : l’une pour les basses besognes et l’autre pour le fun (les méchouis avec Bapt, les apéros de quartier avec les associations, etc.)...

[2] C’est même ce renforcement au cours du temps qui permet de les repérer comme marquées par le souci de Vérité.

[3] Entendez : avant que, sous le patronage intellectuel de la collaboration Cochrane et toutes divergences personnelles bues, quelques professionnels de santé ne s’y mettent à plusieurs pour réfuter les mensonges de l’administration au sujet de la grippe.

[4] Sachant qu’il est des dissimulations tellement incongrues qu’elles valent pour des aveux : en l’espèce, le seul prétexte invoqué par l’Agence européenne pour expliquer ce retrait à la demande du fabricant se limite à des "raisons commerciales". On voit la crédibilité du motif : GSK investit pour développer et faire enregistrer un vaccin destiné à la campagne vaccinale 2010-2011 et, en novembre 2010 - au moment même où cette campagne bat son plein (c.à.d. au moment où il devient possible d’envisager un retour sur investissement), découvre soudain que son intérêt "commercial" passe par le retrait du vaccin en question !

[5] Le Parisien, 23/09/10.

[6] Le Figaro, 12/09/11.

[7] Au mépris tant de l’article L.4113-13 (sur la déclaration préalable des liens d’intérêts) que des articles R.4127-14 et R.4127-35 (sur l’exigence de prudence et de probité qui doit présider à toute information médicale fournie au public par un professionnel) du Code de la santé publique.

[8] Le Monde.fr, 21/06/11.

[9] Parmi les autres entourloupes des autorités sanitaires relativement à cette grave question de tolérance, il faut noter la tendance à n’évoquer - du bout des lèvres - que le risque "chez l’enfant", ce qui revient à sous-entendre qu’il n’existerait pas chez l’adulte ou le vieillard (et qu’on peut donc vacciner grand-père en toute quiétude). La réalité est sensiblement différente : l’étude suédoise en question ne s’est intéressée qu’aux enfants et, à ma connaissance, le risque dans les autres classes d’âge n’a fait l’objet d’aucune évaluation spécifique - ce qui est effectivement le moyen le mieux éprouvé pour soutenir qu’il n’a pas été démontré... En fait, il n’y a aucune raison sérieuse de penser qu’un tel potentiel toxique ne concernerait que les enfants/adolescents. Une question similaire se pose relativement à la seule spécialité (celle de GSK) mise en cause par cette étude : il n’est pas clair si les autres vaccins disponibles dans la même indication ont été étudiés quant au risque de narcolepsies (les ventes des autres spécialités peuvent avoir été négligeables dans le pays où cette étude a été entreprise, de telle sorte qu’il devient difficile d’en caractériser la toxicité).

[10] Sachant de plus que ce niveau de corruption s’est également révélé toutes ces dernières années dans bien d’autres instances de réglementation, qu’elles soient financières, nucléaires, environnementales ou autres, permettant de caractériser les "invariants" de la crise de gouvernance que traversent actuellement les sociétés censément démocratiques.

[11] France Soir, 26/08/09.

[12] A moins qu’il n’attende fébrilement son inscription sur la liste des experts "indépendants" préparée par Xavier Bertrand...

[13] Une étude chez l’adulte jeune, une autre chez les sujets de plus de 60 ans.

[14] Dans l’entre temps, je renvoie le lecteur intéressé à l’exposé fort clair de mon livre Alertes grippales], p.118.]. En fait, sans qu’il soit besoin d’être germanophone, il suffit d’un minimum de culture scientifique pour comprendre cet élémentaire problème de puissance statistique et constater, par exemple, que dans une étude sur un nouveau médicament, il faut inclure pas moins de 300 patients pour espérer détecter, au seuil de significativité classique de 5% (considéré comme suffisant pour discriminer entre un aléa et un effet du médicament testé), une complication iatrogène survenant à la fréquence pourtant exorbitante de 1%[[Schneiweiss F, Uthoff VA, Sample size and postmarketing surveillance, Drug Information Journal 1985 ; 19 : 13-16.

[15] D. Michaels, Doubt is their product, New York, OUP, 2008.

[16] Quand, encore, il n’est pas soutenu qu’au contraire, le niveau "a monté", et que c’est en raison de cette "montée" que les vieux cons qui se lamentent y ont perdu leurs repères en même temps que leur latin...

[17] Et bonjour la junk science...

[18] Girard M. Expertise médicale : questions et ... réponses sur l’imputabilité médicamenteuse. Le Dalloz 2001 ; n° 16/7025 : 1251-2.

[19] D. Davis, The secret history of the war on cancer, Philadelphia, Basic Books, 2007.

[20] "Auditer les experts", in Alertes grippales..., pp. 47-90.


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