Versailles : exposition Murakami, les obscurantistes s'agitent déjà

Publié le par dan29000

versailles_murakami_art_contemporain_exposition_inside-phot.jpgVersailles et l'art contemporain : polémique avant l'expo Murakami
Par Zineb Dryef



Après celles de Jeff Koons et de Xavier Veilhan, ce sont les œuvres du Japonais Takashi Murakami qui entreront à Versailles le 15 septembre prochain, s'accompagnant du débat désormais traditionnel : « L'art contemporain peut-il être exposé dans des lieux historiques ? »
« L'art contemporain ne respecte rien »

L'association « Versailles, mon amour » s'insurge et pétitionne contre l'exposition. Le courrier adressé à Frédéric Mitterrand débute ainsi :

« NON ! A la provocation de “l'art” contemporain… qui ne respecte rien.

Non au choc des cultures qui brise l'harmonie : les bandes dessinées de Murakami peuvent (éventuellement) avoir leur place à L'Orangerie… Mais en aucun cas au château de Versailles ; le château n'est pas un panneau Decaux mais l'un des symboles de notre Histoire et de notre culture. »


Estimée à plus de 2 millions d'euros, l'exposition a été financée par le Qatar. En tout, ce seront 22 œuvres de Murakami, dont onze inédites, qui seront installées dans quinze salles du château et dans les jardins : sculptures, peintures, installations et lustres. Une « folie éphémère », selon Laurent Le Bon, le commissaire d'exposition qui débute le 15 septembre et est prévue jusqu'au 12 décembre.
Un descendant de Louis XIV choqué par l'exposition Jeff Koons

En 2008, le homard géant accroché dans le salon de Mars et les autres œuvres de Jeff Koons installées à Versailles avaient suscité la colère d'un « descendant en droite ligne de Louis XIV et de Marie-Antoinette ».

Le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme réclamait l'arrêt de l'exposition. La plaidoirie de son avocat débutant par « A la question que pose la brochure de l'exposition : “Louis XIV va-t-il se retourner dans sa tombe ? ” devant les œuvres de Koons, je réponds oui », le prince a évidemment perdu.

L'opposition du prince n'est pas isolée. Plusieurs personnalités du monde de l'art se sont émues de ce mélange des genres, non pas pour ménager la mémoire de Louis XIV, mais parce que certains redoutent que l'on ne confonde divertissement et culture.

Dans un entretien accordé au blog MonVersailles, Jean-Jacques Aillagon, président du domaine national de Versailles, répond que la présence de ces œuvres dans un environnement patrimonial ne saurait être qu'enrichissante pour les visiteurs :

« On ne choisit pas des œuvres pour choquer, pour heurter mais seulement pour provoquer chez le public une réaction, un débat, une réflexion. Nous avons fait pour Murakami la même chose que pour Koons, car la problématique, c'est la confrontation de deux notoriétés, celle du château et celle de l'artiste.

La présence du contemporain dans les musées est une excellente chose, mais il faudrait aussi que des lieux d'art contemporain exposent aussi des œuvres classiques. Vous savez, la galerie des Glaces est une sorte de manga, une bande dessinée à la gloire du règne du roi. »

Certaines œuvres de Murakami écartées de l'exposition

Représenté par le galeriste parisien Emmanuel Perrotin (comme Veilhan), Takashi Murakami, star de l'art contemporain sur la scène internationale et véritable businessman (il travaille avec Louis Vuitton) ne redoute pas la réaction du public, comme il l'explique dans un entretien au Figaro :

« Je pense que je ne serai pas aussi critiqué que Jeff Koons et son Balloon Dog, le choc visuel qui a fait le tour du monde, car je ne suis pas le premier. Après Jeff Koons et Xavier Veilhan, je ne suis pas si nouveau que ça pour le public ! Ceux qui viennent à Versailles rêvent de s'immiscer dans un univers total fantastique. J'aimerais participer à ce rêve, le pousser à l'extrême. »


Certaines œuvres de l'artiste ont volontairement été écartées, soit pour des raisons de conservation du patrimoine, soit parce qu'elles peuvent heurter le public, très néophyte, du château de Versailles.

L'exposition d'œuvres contemporaines dans les lieux historiques a toujours suscité des réactions violentes. Le cas le plus célèbre demeure le débat national qui a entouré l'installation des Deux Plateaux au Palais-Royal (les colonnes de Buren). En 1986, François Léotard, ministre de la Culture, est allé jusqu'à envisager la destruction des travaux en cours avant d'être obligé de céder par décision de justice.

 

Source : RUE 89 (photo Opus 64)

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