Montreuil, cinéma Le Méliès : "On peut se passer de Voynet, pas du ciné !" !

Publié le par dan29000

Tout va très très bien à Voynetgrad

 

par Jean-Pierre Anselme

 

« On peut s'passer de Voynet, pas du ciné ! » scandaient les 500 manifestants déambulant joyeusement dans les rue de Montreuil (93), en soutien au cinéma Le Méliès, samedi après midi. Après la grève de 46 jours des salariés de la salle municipale d'art et d'essai et sa réouverture au public, la mobilisation ne faiblit pas, dans un contexte local de plus en plus délétère.

 

Le soleil tape dur sur les manifestants de tous âges qui se rassemblent devant le cinéma le Méliès. Quand la manifestation démarre en direction de la mairie, l'atmosphère est d'autant plus festive que le pari est réussi : ils sont plusieurs centaines, 500 environ, à avoir répondu une nouvelle fois à l'appel des associations (Collectif indépendant des spectateurs du Méliès, Renc'Art au Méliès, Soutien au Méliès, Le Méliès en lutte... ) et de la CGT territoriaux de la ville qui réunit les salariés du cinéma municipal.

 

« Rendez-nous Goudet et son équipe », lit-on sur une banderole en soutien au directeur historique du Méliès, Stéphane Goudet, licencié abusivement par la maire le 23 février, et à son équipe malmenée, diffamée, pour ne pas dire martyrisée. De l'humour, noir, sur cette bannière : « Méliès : le cinéma muet » ; une crainte majeure avec le slogan : « Non à la privatisation du Méliès ». » Au cours de la déambulation, on s'arrête un long moment devant un bistro ou un groupe de musicien entonne « La chanson du Méliès ». Refrain repris en cœur :

Oh oh c'est pas beau

D'nous prendre pour des blaireaux

Oh oh Croix de Chavaux

N'tombe pas dans le panneau

 

 

Le jeudi soir précédent, la séance du conseil municipal s'est transformée en foire d'empoigne entre une partie du public qui voulait dérouler une banderole en soutien au Méliès et des militants des Jeunes écologistes décidés à les en empêcher manumilitari. Bousculades, invectives, coups (une « proMéliès » s'est pris « un coup de livre sur le crâne »). Une autre fois c'était un élu proche de Dominique Voynet qui du être ceinturé alors qu'il allait balancer son poing à la figure d'un représentant de l'opposition. Un article récent de Mediapart (1) s'est fait l'écho des pratiques d'une « Équipe mobile de sécurité », sorte de milice municipale créée par la maire d'EELV, après que certains de ses membres aient violemment pris à partie un journaliste.

Autant de symptômes parmi bien d'autres qui mettent à mal la « vertu » revendiquée par la maire, laquelle doit à présent se justifier à la suite d'un rapport de la Chambre régionale des comptes qui épingle très durement sa gestion des affaires municipales.

 

 

« Ça ne manque pas de sel, s'exclame une manifestante, Marie, quand on sait que c'est au nom de la “vertu” que Voynet a voulu salir l'équipe du Méliès en prétendant, sans preuve, qu'ils avaient une “caisse noire”, qu'ils faisaient du trafic de drogue, etc. ». Des accusations qui ont fait long feu, mais qui ont permis à Dominique Voynet de licencier tambour battant et, au mépris du droit, le directeur du cinéma et de démanteler l'équipe. Avec, comme résultat provisoire, selon Stéphane goudet, « 40 000 entrées de moins sur les cinq premiers mois de l'année 2013 par rapport à 2012, une diminution de 51% de la fréquentation, alors même qu'il n'y a pas eu d'appel au boycott ! »

À la fin de la manifestation une partie des participants s'est retrouvée à débattre à l'ombre des arbres de la cour de l'école Diderot à Montreuil. Parmi les intervenants, il y avait des représentants du Groupement national du cinéma de recherche, de la Société des réalisateurs de films, de salles de cinéma d'art et d'essai d'autres villes elles aussi en péril, des cinéastes, tous faisant le lien entre les enjeux de la lutte du Méliès et ceux du cinéma indépendant en France. Les molosses de la distribution, les UGC, MK2 et compagnie veulent sa peau, des municipalités baissent la garde ou collaborent et l'État reste les bras ballants malgré toutes les alertes. Cela au moment où un futur accord de libre échange entre les États-Unis et l'Union européenne met sur la sellette « l'exception culturelle ».

 

 

À Montreuil pour l'heure, point de « projet culturel », la maire s'est engagée à mettre en débat un « brouillon » pour la rentrée. S'agissant du Méliès, plus le temps passe et plus surgissent des informations alarmantes confirmant l'intention de la majorité municipale de privatiser le cinéma. Ainsi, la nouvelle directrice du Méliès, choisie par Dominique Voynet, Nathalie Hocquard, peut-elle se prévaloir d'avoir accompagné, en faisant l'éloge de la ville, la privatisation et l'effondrement qualitatif du cinéma de Champigny-sur-Marne pour lequel elle a travaillé 9 ans. Une illustration de sa remise en cause du « terme de démocratisation culturelle, chère aux municipalités de gauche » (2).

Il lui faudra compter avec un mouvement social original, un mouvement politico-culturel indépendant des partis politiques à Montreuil, sur lequel le temps ne semble pas avoir de prise, tout au contraire, qui veut sauver son cinéma et retrouver l'équipe qui en a fait le succès. Un des mot d'ordre les plus repris lors de la manifestation était : « Vive le Méliès libre et indépendant ! »

 

1) « Les agents de surveillance très spéciaux de la mairie de Montreuil » (par Louise Fessard, 2 juin 2013) :http://www.mediapart.fr/journal/france/290513/les-agents-de-surveillance-tres-speciaux-de-la-mairie-de-montreuil

(2) Mémoire sur la cinéphilie rédigé en 2011, dans le cadre de la formation continue de la Femis.

 

SOURCE / MEDIAPART

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