10 raisons d'aimer (ou pas) l'éducation populaire, aux éditions de l'Atelier

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

 

éduc pop [50%]Un débat fait rage depuis bien longtemps en France, celui sur l'éducation. Les réformes sans lendemain se sont multipliées au fil des gouvernements de gauche ou de droite. Les parents ou les enseignants ne sont pas toujours d'accord entre eux.

 

Alors au-delà de cette éducation "officielle" il semble intéressant de revenir un peu sur l'autre éducation, vous savez, celle que l'on nomme, l'éducation populaire, ou éduc pop, pour les initiés. Elle est constituée de multiples espaces où il est possible pour tous d'apprendre, sans avoir à subir la tutelle des profs ou même celle des parents.

 

Les sujets sont aussi divers que passionnants : lutter contre le sida, créer une association, publier un journal de quartier, promouvoir des territoires ruraux, ou encore voyager avec des jeunes afin de coopérer dans différents pays étrangers.

 

L'éducation populaire ne date pas d'aujourd'hui. On a tendance à la dater de l'époque de Condorcet ou de la création de la Ligue de l'enseignement en 1866. Les grandes étapes étant ensuite le Front populaire et bien entendu la Résistance. Plus tard Malraux développera les MJC (Maisons des jeunes et de la culture) avant que le déclin se fasse sentir dans les seventies.

 

Pas facile de donner une définition de l'éduc pop. Il peut y en avoir plusieurs, alors il semble plus intéressant d'écouter les acteurs de cette forme originale d'éducation.

 

C'est le sujet de ce très riche petit livre. Petit par la taille, mais passionnant par son contenu et aussi par le choix des acteurs qui s'y expriment.  Le livre est publié sous la direction de Damien Cerqueus, responsable de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) jusqu'en 2009, et de Mikaël Garnier-Lavalley,  de l'ANACEJ (Association nationale des conseils d'enfants et de jeunes).

 

Treize jeunes s'expriment donc dans ces pages, déclinant les raisons d'aimer l'éducation populaire, nous faisant partager leurs parcours personnels et professionnels. Sans nul doute ils auraient été différents s'ils n'avaient pas un jour croisé l'éducation populaire.

Ainsi, peu à peu, on comprend mieux  le sens, les engagements et les transformations, de soi, c'est à dire de nous, débouchant sur un vivre-ensemble qui semble souvent faire défaut à notre société actuelle où l'isolement et le repli règnent un peu partout. L'éducation populaire est alors créatrice de lien social, c'est à dire, un des moyens de lutter contre la précarité qui ne cesse d'avancer dans nos sociétés capitalistes. C'est aussi une forme, très actuelle, de la solidarité et du savoir-faire social, au moment où le fameux ascenseur social est toujours en panne...

 

Bien entendu les contributions sont parfois inégales, et c'est normal, mais l'ensemble est très cohérent et donne au lecteur une bonne vision de la réalité de l'éducation populaire en 2010.

 

Citons entre autres :

 

Clémentine Autain, fondatrice de Mix-cité, directrice du journal REGARDS et membre de la FASE, ex-adjointe au maire de Paris chargé de la jeunesse.

Emmanuelle Cosse, présidente d'ACT UP Paris durant trois ans, conseillère régionale en 2010 sur la liste Europe-Ecologie.

Julien Bayou, économiste et cofondateur de Génération précaire, Jeudi noir et Sauvons les riches, conseiller régional d'Ile de France en 2010.

 

S'il fallait résumer toutes les interventions contenues dans ces pages, l'on pourrait dire que l'éduc pop est un endroit où chacun se retrouve sur un pied d'égalité avec les autres, avec un projet  en commun. Des actions qui transforment les territoires ou les pratiques, et qui dans un temps identique transforment également les cerveaux des pratiquants.

 

Gageons que dans une société ultra-libérale qui ne se détermine que sur le profit, le cassage des acquis sociaux et l'isolement de chacun, l'éducation populaire a de beaux jours devant elle.

 

Et ce livre nous permet de mieux la voir et de mieux la comprendre...

 

 

Dan29000

 

 

 

 

10 raisons d'aimer (ou pas) l'éducation populaire

Sous la direction de Damien Cerqueus

et Mikaël Garnier-Lavalley

Contributions : Autain, Bayou, Cardona, Cosse,

Cottin-Marx, Huchon, Minin, Quartier, Rogé,

Ropars, Weber. 

Editions de l'atelier 

2010 / 112 p / 13,50 euros

 

==================================================

En complément, un extrait d'un entretien de Clémentine Autain pour le JDD, en date du 14/09/10 

 

 

Autain: "Toujours autant engagée"


A l'occasion de la sortie, jeudi, du livre 10 raisons d'aimer (ou pas) l'éducation populaire, auquel elle a participé, Clémentine Autain revient pour leJDD.fr sur ce concept. L'ancienne communiste et ajointe au maire de Paris, chargé de la jeunesse, en profite également pour dénoncer la politique menée par le gouvernement actuel. 


Le terme "éducation populaire" est très large. Comment le définiriez-vous?
C'est une expression forgée par des mouvements sociaux et politiques pour désigner les méthodes d'éveil critique et d'éducation en dehors de l'école. Concrètement, l'éducation populaire désigne des pratiques très diverses qui visent à émanciper les individus, en les impliquant dans une démarche collective. Cela va de militer dans une association à fréquenter un centre d'animation… Mais, si je devais en parler en une phrase, je reprendrais le slogan de Mai 68: "Ne me libère pas, je m'en charge". Pendant toute ma mandature, en tant qu'adjointe au maire de Paris, chargée de la jeunesse, j'ai milité en faveur de l'éducation populaire. Je trouvais que le terme était ringard, mais que les valeurs et les pratiques étaient, au contraire, d'une absolue nécessité.

C'est, en quelque sorte, une façon de la remettre au goût du jour?
Exactement. Et puis, j'ai également souhaité participer à cet ouvrage car il est rédigé par des gens qui viennent d'horizons divers mais qui ont un point commun, à savoir leur appartenance générationnelle. On a voulu montrer ensemble qu'avec l'éducation populaire, on passait vraiment de la théorie à la pratique. C'est une façon de faire avec et pour les gens. Un mouvement qui permet aussi l'auto-émancipation, en considérant qu'il n'y a pas un maître qui délivre un savoir mais que chacun détient une part de connaissance, par son expérience, son travail, pour transformer sa propre vie et transformer le monde.
«Cela crée du lien entre l'individu et le collectif»

En quoi est-elle bénéfique?
L'éducation populaire, c'est ce rapport entre un individu et le monde qui l'entoure. Cela crée du lien entre le "je" et le "nous", l'individu et le collectif. Ce travail est nécessaire pour s'émanciper individuellement et pour contribuer à l'émancipation collective. Je pense d'ailleurs que l'éducation populaire devrait être au cœur de tout projet politique de transformation sociale.

Justement, la politique actuelle est-elle conciliable avec l'éducation populaire?
Pas du tout. Déjà, la logique de la rentabilité immédiate, qui est valorisée par le gouvernement actuel, mais pas seulement, est contraire au principe de l'éducation populaire. Je pense qu'on est aussi face à un gouvernement qui met à mal la démocratie. Le fait qu'il y ait un démantèlement des services publics va aussi nécessairement peser sur les processus d'éducation populaire. Les associations culturelles, qui font un travail de lien dans les quartiers, sont aujourd'hui menacées par les restrictions budgétaires. Dans le même temps, il y a de la résistance dans le pays. Cette rébellion, dont toutes les ramifications n'ont pas encore convergé, est en train de se formaliser. La contestation de la logique de la rentabilité à court terme ou l'exigence de plus de démocratie sont des choses qui sont vraiment en train de monter dans la société. Par effet de boomerang, c'est peut-être pour cela que l'éducation populaire revient au goût du jour.


 

 

 

Publié dans lectures

Commenter cet article