Grenoble : les "Rencontres i", l'autre façon de nous manipuler le cerveau

Publié le par dan29000

Les “Rencontres i” : l’autre façon de nous manipuler le cerveau



Expérience : de ces deux groupes de mots, lequel vous séduit ? Répondez spontanément.

 


1)    exploration sensible – écorce du vent – chemin d’eau – aventure scientifique – jardin mythique – instrument à improviser – figure du rebelle – questionnement onirique – apéro mathématiques – résistance – arbres à souhaits – splendeur lumineuse – appétit de curiosité – ponts entre les mondes – promenade ludique – sciences à roulettes ! – graines de rencontres – imaginons ensemble.

2)    phtalates – plomb – mercure – pesticides – métaux lourds – neurotoxiques – cocktail chimique – nanoparticules – pollution – contamination – Parkinson – secret industriel – obésité – TOC – Alzheimer – épidémie silencieuse – électrodes – implant cérébral – manipulation du comportement – contrôle du cerveau – psychochirurgie – cobayes – compétition mondiale – homme-machine – possession technologique – post-humanité – empreinte cérébrale – société de contrainte.

Vous avez choisi ? Formidable. Ces deux listes décrivent la même réalité : l’activité de la technopole en cet automne 2011. Les nouveautés sur le front des techno-sciences. Tandis que s’achève la construction des bâtiments de Clinatec, la « clinique du cerveau » imaginée par le patron du CEA-Minatec, Jean Therme, et le neurochirurgien Alim-Louis Benabid, s’ouvre l’édition 2011 des « Rencontres i » conçues par le directeur de l’Hexagone, Scène nationale de Meylan – Antoine Conjard.

La première liste de mots est tirée de la plaquette de promotion de ces « rencontres entre arts et sciences » destinées à ouvrir « les portes de l’imagination ». La seconde vient de notre enquête sur les activités de Clinatec, le dernier fleuron de la Recherche & Développement grenobloise, et de ses promoteurs.

On sait depuis l’aveu de Jean Therme en 2006 que les technarques ont appelé à la rescousse des historiens, philosophes, artistes et autres spécialistes en sciences humaines pour « définir comment projeter les nanotechnologies dans l’imaginaire du grand public. »[1]   Spontanément ou après réflexion, le « grand public » pressent du louche derrière les vagues incessantes de promesses technologiques. Il sait, le « grand public », qu’on n’arrête pas le progrès, et ne s’en réjouit guère. À vrai dire, plus le progrès va, plus le moral baisse, singulièrement en ces temps d’accélération technologique.

Edward Bernays, l’inventeur des public relations, expliquait dès 1928 : « La propagande modifie les images mentales que nous avons du monde (…) Elle prépare l’opinion à accueillir les nouvelles idées et inventions scientifiques en s’en faisant inlassablement l’interprète. Elle habitue le grand public au changement et au progrès. »[2]   Il faut forcer l’enthousiasme des cobayes ; façonner leur imaginaire pour l’accorder au monde-laboratoire. Il faut, disent les communicants, leur raconter une histoire. Faire ludique et divertissant. C’est l’objet des « Rencontres i » - i pour imaginaire –, de leurs spectacles « originaux », propositions « audacieuses » et rendez-vous « excitants ». Les épithètes sont livrées, moyennant finances, par le logiciel publi-rédactionnel du Petit Bulletin, prospectus promotionnel hebdomadaire de la cuvette.

Les techno-maîtres remercient cette année la compagnie Ici-Même, prestataire en exploration-sensible-des-territoires-humains, le jazzman Bernard Lubat, ennemi des multinationales et partenaire du Commissariat à l’énergie atomique, la compagnie KomplexKapharnaüM, fournisseur d’une gamme complète de « formes de résistance » agréées par Minatec, ainsi que les écrivains, plasticiens, musiciens, danseurs, jongleurs, pour leur collaboration tarifée - en plus on mangera bio après les spectacles.

Cette avalanche d’images, de sons, d’effets spéciaux, de parcours thématiques, de brainstorming, n’a, chacun le sait mais le tait, qu’un objectif : nous accoutumer à notre incarcération dans le monde-machine. Ou si l’on veut, rendre acceptable, désirable, la société de contrainte en germe dans les laboratoires. Les « Rencontres i » : l’autre façon de nous manipuler le cerveau.

Quant à nous qui ne sommes pas des Artistes, incapables que nous sommes de remplir les dossiers de subvention[3] , nous avons une autre histoire à vous conter. Celle, véritable, d’une innovation technologique qui une fois de plus va révolutionner nos vies.

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Depuis un siècle, l’industrie chimique a répandu sur la planète de telles quantités et variétés de poisons que l’air, l’eau, les terres arables et leurs produits, en sont aujourd’hui infestés. On trouve dans le sang des nouveaux-nés des dizaines de substances nocives, dont de nombreux neurotoxiques. Les études épidémiologiques et toxicologiques ont montré l’impact de ces agresseurs sur le cerveau, et leur rôle dans l’explosion des maladies neurodégénératives (Parkinson, Alzheimer, sclérose en plaques, etc), et des affections neuropsychiatriques (autisme, hyperactivité infantile, schizophrénie, etc). Cette « épidémie silencieuse » touche plus du quart de la population européenne (soit 125 millions de personnes), selon le Conseil européen du cerveau. Des malades de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes, même compte tenu de l’allongement de la durée de la vie et de l’amélioration du diagnostic[4] . Bref, la chimie a contaminé nos neurones et attaque notre santé mentale.

À Grenoble, les maladies neurodégénératives intéressent depuis plus de 30 ans les neurochirurgiens. À la suite d’Alim-Louis Benabid, ils développent des procédés de stimulation électrique du cerveau par implantation d’électrodes, pour réduire les symptômes de la maladie de Parkinson notamment. Benabid, plus médaillé et distingué qu’une mule espagnole, fait figure d’autorité internationale et jouit localement d’une pieuse reconnaissance.

En dépit de nos recherches, nous n’avons trouvé nulle trace, en 30 ans, d’une alerte du professeur Benabid sur les dangers des substances neurotoxiques. Devant pareille catastrophe, un médecin aurait hurlé, publié des tribunes dans la presse, interpellé les pouvoirs publics pour stopper la contamination du milieu et l’intoxication de millions de cerveaux. Mais Benabid est membre de l’Académie des Sciences, Prix d’honneur de l’Inserm, chevalier de la Légion d’honneur. Il comprend les intérêts de l’industrie, puisqu’il collabore avec un groupe américain pour vendre « ses » kits de stimulation. Et il a une carrière d’innovateur à valoriser. Que deviendraient ses électrodes et sa notoriété sans l’afflux croissant de malades de Parkinson, sans la menace qui pèse sur chacun de nous et nous précipite dans les bras des sauveurs high tech ? Aussi le « modeste » professeur, selon l’hagiographie officielle, s’est-il toujours prudemment tu, laissant agir les progrès de l’empoisonnement.

Lucrative sagesse. La nouvelle révolution industrielle des nanotechnologies, et la convergence des nanos avec les biotechnologies, l’informatique et les sciences cognitives, ouvrent de fabuleuses perspectives en matière d’implants cérébraux. Imaginez ! comme dirait Antoine Conjard : avec de minuscules implants électroniques dans le cerveau, on peut désormais modifier les comportements, corriger l’anorexie, la boulimie, les TOC, la dépression, les addictions. On peut réguler notre humeur en envoyant la bonne fréquence au bon endroit, comme le faisait, en moins subtil, le prédécesseur de Benabid : José Delgado. Ce physiologiste de l’université de Yale, qui dans les années 1960 transformait des singes, des chats, et des humains, en jouets télécommandés, via un stimulateur cérébral.

On travaille déjà sur les implants à Clinatec, clinique expérimentale du cerveau initiée clandestinement en 2006 et qui ouvre officiellement ses portes ces jours-ci, tandis que l’on balade les Grenoblois aux « Rencontres i ». À Clinatec, on travaille aussi aux prothèses électroniques permettant de relier le cerveau à l’ordinateur. Des interfaces homme-machine qui préfigurent le cyborg, et ouvrent la voie à la possession de notre for intérieur par une volonté extérieure - à la société de contrainte. En attendant le post-humain, cet être hybride aux performances « augmentées » par ses implants électroniques, les neurotechnologues perfectionnent l’homme-machine, plus adapté au monde-machine, à la « planète intelligente » d’IBM truffée de capteurs et de puces RFID pour gérer intégralement nos vies.

Tout ceci, nous l’avons exposé en détail dans notre enquête, Clinatec : le laboratoire de la contrainte, publiée le 1er septembre 2011 sur www.piecesetmaindoeuvre.com. Vous pouvez savoir ce que concoctent les technarques dans les laboratoires que vous financez par vos impôts. Il suffit de lire. De se renseigner. De penser, tant que c’est encore possible, par nous-mêmes.

Mais peut-être préférez-vous les divertissements, tel ce « feu d’artifice du nanomonde » offert en inauguration des « Rencontres i », ou ce « iSofa, canapé interactif pour jeux télévisés », exposé à Minatec à l’occasion de cette grande foire à l’innovation ? Vous ne pouvez faire plus plaisir au CEA, à Minatec, à la plate-forme chimique du Pont-de-Claix, à GIANT et autres partenaires de l’événement, qui paient pour s’offrir votre temps de cerveau disponible.

 
Pièces et main d’¦uvre
Grenoble, le 28 septembre 2011



[1]  Rencontres parlementaires sur les nanotechnologies, 28 novembre 2006
[2] E. Bernays, Propaganda, comment manipuler l’opinion en démocratie. Réédition 2007 La Découverte
[3]  Cf. Les rats de l’art, Pièces et main d’¦uvre, février 2011, sur www.piecesetmaindoeuvre.com
[4] Les sources des études sont livrées par M. Grosman et R. Lenglet dans Menace sur nos neurones (Actes Sud, 2011)

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