LRU : Geneviève Fioraso, dans les pas de Pécresse, vers la marchandisation des universités et de la recherche

Publié le par dan29000

Loi Fioraso : un nouveau coup dur pour les universités, les personnels et les étudiant-e-s

 


ARTICLE A PARAÎTRE DANS RACAILLES n°66 (avril-mai 2013)

Racailles étant né lors des premières grèves contre la LRU en 2007, nous ne pouvions pas laisser de côté ce sujet majeur : Pécresse (UMP) ou Fioraso (PS) ont le même cap pour plomber les facs !


Geneviève Fioraso est l’actuelle ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Son parcours laisse on ne peut plus rêveur : dans la région grenobloise, elle était à la fois PDG de Minatec Entreprises (spécialisée dans les nanotechnologies), maire adjointe de Grenoble, membre ou co-présidente de trois sociétés d’économies mixtes publiques-privées liées à « l’innovation technologique » et évidemment à Minatec Entreprises, ou encore membre d’associations loi 1901 dont la plupart sont liées à la facilitation et la coordination des rapports entre secteurs publics et privés. C’est donc une ancienne patronne et une lobbyiste convaincue du rapprochement public-privé qui dirige actuellement ce ministère. Son cabinet ministériel est composé très majoritairement de partisans et artisans de la loi LRU… Vous vous rappelez ?

 

 

« Liberté » et « responsabilité » des universités

La loi LRU, loi qui a rendu « autonomes » financièrement les universités en passant par une diminution considérable de la dotation budgétaire d’État et poussant ces dernières à rechercher d’autres sources de financements, notamment via les entreprises privées ou le mécénat. La loi LRU a également transféré la gestion financière et humaine de la « masse salariale » de l’État aux universités avec en même temps une accentuation des pouvoirs des conseils d’administration et surtout des Président-e-s d’universités, faisant de ces dernier-e-s de vrai-e-s chefs d’entreprises. Cette fameuse loi qui fait qu’actuellement plus d’un quart des universités françaises sont en déficit budgétaire et plus de la moitié en difficultés financières et qu’elles utilisent leurs salarié-e-s comme variable d’ajustement en supprimant des dizaines et des dizaines de postes - 46 postes pour l’université de Caen entre 2013 et 2014 par exemple - provoquant suppressions d’heures de cours, surcharges de TD et dégradation des conditions de travail et d’études. Cette loi qui pousse les universités, les filières, les centres de recherches et les personnels à la compétition la plus totale et incite à des suppressions ou fusions de filières considérées comme insuffisamment rentables pour l’économie capitaliste…



Non seulement le projet de loi Fioraso ne remet rien en cause de cette foutue LRU mais il accélère et enfonce le clou de la marchandisation de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Une du cousin grenoblois de Racailles : Le Postillon

 Compétitivité de l'université-entreprise

Ce projet, passé à l’Assemblée Nationale fin mars, préconise notamment la mise en place de « communautés d’universités » dont l’objectif principal est de faire fusionner les universités les unes avec les autres afin de créer de grands pôles régionaux de l’enseignement supérieur sensés être compétitifs sur la scène internationale passant par des fusions de filières et de centres de recherche pour une soi-disant question de « lisibilité ». Mais ce sont bien les étudiant-e-s les plus précaires et les personnels qui vont trinquer. Toute fusion génère des suppressions de postes. Et toute fusion supprime des filières empêchant les étudiant-e-s n’ayant pas les moyens de se déplacer à des centaines de kilomètres de chez eux/elles de s’inscrire dans la filière de leur choix. Dans le même temps, les pouvoirs vont se concentrer dans les mains de l’instance dirigeante du regroupement/fusion d’universités, composée à 50% seulement de membres élu-e-s, les autres étant nommé-e-s et de préférence lié-e-s à l’économie régionale.

Le projet de loi transfère également « l’accréditation des diplômes » directement par les universités et laisse ainsi encore plus de largesse à ces dernières pour concevoir directement leurs propres diplômes, renforçant la régionalisation et la mise en compétition des universités. En parallèle, les UFR (Unité de Formation et de Recherche) vont être supprimés et les universités vont pouvoir créer les composantes qu’elles souhaitent. Rappelons que la nouvelle Licence mise en place à partir de 2012 et finalisée en 2014 introduit les représentant-e-s du « milieu socio-économique régional » dans la conception des enseignements, dans les enseignements et dans les jurys d’examens. Mis bout à bout, tout se tient : les universités créent des diplômes dont les objectifs sont de former une main-d’œuvre directement exploitable par le patronat local.

 Professionnalisation des filières

De plus, le projet Fioraso prévoit de transformer la Licence en une simple continuité du lycée, reléguant la spécialisation au Master. Cette volonté est à mettre en lien avec la professionnalisation forcée des filières depuis 2007 au moins, où les connaissances fondamentales liées à une discipline sont petit à petit remplacées par des « compétences » communes à toutes les filières (langues, informatique, projet professionnel etc.) dont l’objectif est bien de faire intégrer des logiques managériales et économiques aux futur-e-s salarié-e-s/chômeur-euse-s, interchangeables et sans connaissances précises, sur le marché du travail. L’idée ici est également de limiter l’accès à la recherche au plus grand nombre, abordable dorénavant uniquement en Master, niveau pour lequel la sélection sociale est plus importante. Contrairement à ce que disent les gouvernements successifs, ce n’est pas la professionnalisation qui permettra d’enrayer l’échec en Licence mais un plan massif de résorption de la précarité étudiante qui gonfle chaque année, poussant les ¾ des étudiant-e-s à se salarier au cours de l’année, et plus de la moitié pendant l’intégralité de l'année universitaire.


Ce projet de loi, dont la tonalité réside principalement dans le rapprochement des universités avec le monde de l’entreprise, va accentuer et accélérer la pénurie budgétaire des universités. Ce processus est celui le plus prisé dans le monde pour justifier à un moment une hausse importante des frais d’inscription, comme en Angleterre, au Chili, au Canada etc. Déjà en France, les frais d’inscriptions augmentent chaque année bien au-delà de l’inflation et de manière croissante de la Licence au Doctorat, l’idée étant bien de limiter les longues études aux étudiant-e-s socialement acceptables et compétitifs… Combien de temps allons-nous laisser faire ? En ce moment même, dans plusieurs universités françaises, des étudiant-e-s et des personnels tentent de se mobiliser contre ce projet de loi et plus largement contre la sujétion de l’enseignement supérieur et de la recherche au système capitaliste via des assemblées générales et l’auto-organisation. Il est vrai qu’on ne peut compter sur des organisations syndicales comme l’Unef (organe étudiant du PS) pour mobiliser, cette dernière étant favorable à la loi LRU, à la professionnalisation des filières et bien sûr au projet Fioraso. Alors maintenant, partout, mobilisons-nous et lions nos luttes contre la marchandisation des services, la casse du code du travail et l’enrichissement exponentiel de quelques-un-e-s aux dépens de la majorité. Bref, contre le capitalisme ! 
Seb-Caen
SOURCE / RACAILLES.INFO

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