L'affaire Bettencourt, un scandale d'état, un livre signé Arfi, Lhomme, Mediapart

Publié le par dan29000

 

 

 

 

bettencourtDans la famille Bettencourt, je demande d'abord la mère, 88 ans, troisième fortune française, actionnaire de référence du groupe L'Oréal, femme la plus riche de l'hexagone (17 milliards d'euros). Je demande ensuite la fille, Françoise, 57 ans, pianiste, écrivain, qui poursuit en justice le photographe-romancier Banier, pour abus de faiblesse. Pas la peine pour finir la famille de demander le père, décédé en 2007, député et ministre de 1966 à 1973.

Toute cela commença donc comme une sinistre affaire familiale comme les aimait Chabrol, une affaire de gros sous dans le monde fermé et discret des riches où les rapports sont feutrés mais dignes de vautours en chasse, où les majordomes sont stylés mais posent discrètement des micros sous les tables afin de recueillir des conversations. Enfin je demande Banier, d'abord extérieur à tout cela, un romancier pas très bon, un photographe assez médiocre, gentil et dandy, qui, en échange de sa bonne et efficace compagnie auprès de Mme Bettencourt vit son compte bancaire, en quelques années, se remplir de quelques petits millions d'euros.

Environ 630 nous dit la brigade financière.

Tout cela aurait pu en rester là, sans les fameux micros cachés. Là le drame familial délaisse Chabrol pour passer chez Patricia Highsmith. L'affaire Bettencourt se transforme en affaire Woerth, faut préciser à ceux qui, pour cause de vacances d'été, n'ont pas suivi tous les épisodes du feuilleton, que notre charmant ministre, maire de la charmante ville de Chantilly, avec son charmant hippodrome et son charmant château, possède une charmante épouse, répondant au prénom charmant de Florence. Elle a travaillé durant plus de deux ans au sein de la société Clymène, une des structures financières gérant la fortune de Mme Bettencourt.

Un charmant conflit d'intérêt que l'épouse d'Eric Woerth, à l'époque ministre du budget, n'avait pas vu venir. D'autant plus que le ministre avait une autre charmante casquette, trésorier de l'UMP.

Enfin tout cela ce n'était qu'un début. Le combat continue. Mais je vais vous passer les détails, car justement le livre de la rédaction de Mediapart est là pour parfaitement cadrer cette histoire familiale qui se transforme en sale histoire d'Etat, une histoire pas du tout charmante.

Une histoire de gros gros gros sous, avec des gros gros gros menteurs qui ont la charmante capacité de mentir "les yeux dans les yeux". Durant tout l'été les journalistes de Mediapart ont enquêté, sérieusement, recoupant leurs sources et nous faisant découvrir, jour après jour, les méandres de cette affaire d'Etat à rebondissement.

Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme ont choisi ici la forme chronologique, en huit chapitres à thème, ce qui rend aisé la lecture, écartant ainsi l'aspect fastidieux des nombreuses péripéties de cette édifiante affaire.

Après le passage en revue des acteurs et la préface d'Edwy Plenel, la première partie est consacré aux fameux enregistrements et aux témoignages, suivi d'un chapitre sur Sarkozy, l'UMP et les financements politiques, avec les fameux partis de poche. Vous ne connaissez pas ? C'est simple, pour le financement des partis politiques en France, il y a des lois. Donc pour certains, il faut contourner ces lois ennuyeuses. D'où l'idée des micros-partis, des petits partis, en soutien par exemple,  à Eric Woerth. Le parti est très petit, sans adhérent ou sans activité, mais il possède quelque chose de grand, très grand, ses poches. De très grandes et charmantes poches, pleines de sous, et là encore des gros sous. Faut dire qu'on est toujours dans le monde des gros sous, de Neuilly à Chantilly.

Viennent ensuite, la famille Woerth, le conflit d'intérêts, et les petits arrangements fiscaux.

Pour ceux qui n'ont pas encore la nausée, ce livre nous permet de mieux comprendre le rôle de la justice dans l'affaire. Et là, ce n'est pas plus reluisant que les chapitres précédents. De nombreuses voix s'élèvent pour la nomination d'un juge d'instruction, mais le bouclier de l'Elysée, le procureur Courroye, veille. Pas question. Tout cela débouchant sur une crise politique .

Afin de mieux cadrer leur enquête les deux auteurs brossent un tableau de L'Oréal, parce que le groupe le vaut bien et s'interroge sur Clymène, étrange  machine à perdre de l'argent.

Tout ceci n'étant pas du tout du gout de l'UMP, un tir de barrage fut alors  déclenché contre Mediapart, de petites phrases en calomnies, ainsi que deux assignations en justice. Tout cela heureusement sans conséquence, sinon celle de renforcer un peu plus la validité et le sérieux de cette enquête.

Cerise sur le gâteau, la juste récompense d'un travail journalistique remarquable, les centaines de nouveaux abonnés au site de Mediapart. Avant il se portait bien, après il se porte encore mieux.

Pour une fois, la presse en ligne donnait l'exemple, alors que la presse papier dormait, assoupie par le soleil estival.

En fin de volume, une utile chronologie arrêtée au 15 septembre.

Au-delà du scandale Bettencourt, devenu scandale Woerth, puis scandale Sarkozy, c'est bien la place de l'argent dans la vie des partis politiques qui est en jeu, avec en prime la place de l'information dans notre société, et la place d'une contre-information quand les grands médias "classiques" ne font pas leur travail. Aux Etats-Unis, Woerth aurait déjà démissionné du gouvernement. En France, il s'est contenté de démissionner de son poste de trésorier de l'UMP !

Mesquin !

Une nouvelle publication indispensable des Editions Don Quichotte, un nouvel éditeur qui d'abord porte bien son nom, et que nous apprécions particulièrement...

 

Dan29000

 

L'affaire Bettencourt

Un scandale d'Etat

Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme

avec la rédaction de Mediapart

Editions Don Quichotte

2010 / 400 pages / 18,90 euros 

 

 

COMPLEMENTS /

 

Découvrir le site de MEDIAPART ICI 

 

Et deux de nos articles sur d'autres livres de cet éditeur : 

 

L'école de la honte, un livre d'Emilie Sapielak aux éditions Don Quichotte  

 

N'oubliez pas ! Un livre indispensable de la rédaction de Mediapart  

 

 

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